Les Nouvelles d’AVRIL 2020

Hommage à Fernande SINGER
La triste nouvelle nous a atteints le lundi 13 avril en fin d’après-midi : après avoir combattu le virus avec tout son courage, pendant une quinzaine de jours, Fernande SINGER, maire d’Arnac sur-Dourdou, nous a quittés, victime de ce covid-19 qui s’est répandu sur toute la planète.
Les habitants d’Arnac ont conscience d’avoir perdu prématurément une maire expérimentée, qui avait su redonner à sa commune un élan de dynamisme et d’espoir. Brillamment réélue le 15 mars dernier, elle préparait de nouveaux projets, allant toujours dans le sens d’un développement raisonné de son territoire. Pour ma part, en tant que voisin et ami, je garderai le souvenir d’une
personne compétente, chaleureuse et disponible, aux convictions affirmée, qui tenait à préserver l’autonomie de sa commune, et à conforter ses moyens d’action.
Que son mari, Michel, sa famille et ses amis, ainsi que tous les habitants d’Arnac, soient assurés de la sympathie et de l’amitié de Mélagues et des Mélagais.
Jean Milési

Nous insérons, ci-après, un texte de Jean GARCIA, qui a très bien connu Fernande.
FERNANDE, notre amie. 15avril2020
Elle avait vingt ans dans les années soixante quand, suivant son frère, venu travailler avec moi à Dijon l’année précédente, elle embrassa ses parents et prit sa petite valise.
Elle répondait à ma proposition de l’engager comme dactylo pour seconder ma secrétaire, bien plus pour lui permettre de sortir d’un isolement que par réel besoin de son soutien, mais surtout pour accompagner son frère qui me paraissait bien seul dans le local au dessus de notre magasin.
L’automne en Bourgogne était bien plus froid que celui de son petit village d’Arnac, le matelas en paille sur le sol moins chaud que celui en laine de sa maison paternelle.
Nous nous sentions coupables, mon épouse et moi, d’avoir pris une initiative malheureuse.
Aussi nous l’invitions, comme pour nous faire pardonner, à partager nos repas et nos sorties du dimanche.
Mais cela ne dura qu’un temps car la jeunesse est un trésor et la nature une force.
Je découvris un jour qu’un grand garçon rôdait autour d’elle.
Son frère prévenu me fit un sourire entendu. Il savait que le dénommé Michel la courtisait.
Je compris que mon précédent souci d’avoir déterré de son milieu cette enfant était plutôt bienvenu.
Elle prépara durement, en bonne Aveyronnaise, son concours pour entrer à la Sécurité Sociale, qu’elle réussit brillamment. Et un long temps s’écoula ensuite entre nous quand je fus nommé à Marseille. Mais nous restions reliés par nos parents respectifs et nos séjours à La Mouline.
Son amoureux, Michel, était devenu son mari et ils avaient eu ensemble une adorable fille au joli nom de Muriel.
J’appris qu’elle avait demandé et obtenu sa mutation à Montpellier et que, cerise sur le gâteau, le couple avait décidé de construire une villa à Pérols, notre village. La vie nous réunissait.
Nous nous retrouvâmes souvent à La Mouline où, prenant sa retraite de l’administration,
Fernande et son mari décidèrent de s’installer afin d’aider leurs parents dans la vieillesse.
Armand, le père Caumette, mourut en 2004 et son épouse Denise atteignit les 106 ans.
Michel Singer, le Bourguignon, apprit beaucoup de son beau-père à tel point qu’il devint un connaisseur reconnu des lieux et du savoir-faire régional. Son épouse s’intéressa au devenir de la commune et, après un mandat de conseillère, elle en devint le maire. J’en devins électeur.
Native des lieux, elle se donna pleinement à la fonction en résolvant les questions qui lui semblaient prioritaires, comme l’alimentation en eau par exemple. Dans un deuxième temps elle tenta de sortir du cercle communal pour aller le défendre au niveau du groupement de communes, du département et de la région. Sage décision pour éviter l’oubli dans la répartition des subsides.
Lors des dernières élections, celles qui allaient précéder sa maladie, elle obtint une confirmation reconnue de sa compétence à la tête de la commune, élue au premier tour avec 87% des suffrages.
Le vendredi 20 mars dernier elle me disait, d’une faible voix, aller voir le docteur à Camarès.
Le lendemain j’appelais Michel qui me disait que cela n’était qu’un gros rhume, d’après le médecin.
Deux jours après, d’une triste et faible voix, il m’annonçait son transport à Montpellier.
Le lendemain c’était son gendre Hervé qu’il fallait emmener à Rodez.
Des mails et conversations tous les jours pour avoir des nouvelles, avec la famille, que l’on n’ose que très peu déranger, avec tous ceux qui la connaissent et qui attendent avec espoir.
Jusqu’à ce lundi de Pentecôte 19 h. Fernande est décédée.
Jean Garcia
LEXIQUE
Avec le virus, les média écrits et audiovisuels, relayant l’actualité et les déclarations gouvernementales, non sans y ajouter leur pesant grain de sel, nous ont saturés d’un vocabulaire tantôt inédit, tantôt revêtu d’un sens particulier, reflétant les marques distinctives de notre vie
quotidienne, La réflexion du sociologue et du sémiologue s’en trouve alimentée. Voici, classés par ordre alphabétique, quelques exemples de ce qui est devenu le langage commun de la période.
Balcons
Exutoires au confinement. Décors identiques en parallèle, superposés en suspensions sur les façades, où se développe un succédané de vie sociale, tous les soirs à vingt heures. A la fois par mimétisme et en substitut des journaux télévisés, qui répètent à satiété les mêmes discours
contradictoires. En France, on applaudit. En Italie, on chante, ce qui remplace avantageusement l’édition 2020 du concours Eurovision de la chanson. De la chanson anglaise, pourrait-on ajouter, puisque les trois-quarts des interprètes ont renoncé à chanter dans leur langue natale (y compris les Français, (horresco referens), préférant faire allégeance à l’idiome du premier pays qui a tourné le dos à l’Europe. Le snobisme serait-il devenu le substitut universel du patriotisme ? Comprenne qui pourra !
Les balcons sont, en quelque sorte, une revanche spontanée du sentiment populaire sur la pensée unique et la dictature de la mode.
Bergame, Bergamo
A 80 kilomètres de Milan, au pied des Alpes italiennes, cette ville de 120 000 habitants, proche de la station thermale de San Pellegrino, est, avec sa région, la villégiature préférée des Milanais, qui s’y rendent en toute saison (stations de ski). D’où sa contamination massive par le corona. Au surplus, déjà fortement contaminée par le virus du séparatisme, prônée par la Lega Nord
du bourrin néo-fasciste Salvini. C’est un exemple avéré de comorbidité !
Le dialecte de Bergamo est l’un des plus difficiles d’Italie, car très différent de l’italien. En voici un exemple :
italien il figlio la figlia i figli
bergamasque il touz la touza i touzech
Voir le film d’Ermanno OLMI, L’arbre aux sabots (L’albero degli zoccoli), dont la version originale est en bergamasque. Ce film illustre la vie quotidienne des paysans de la montagne (XIXème siècle), soumis au pouvoir absolu des propriétaires terriens.
Le pape Jean XXIII, issu d’une de ces familles paysannes, laborieuses et démunies, est originaire du petit village de Sotto il Monte (Sous la Montagne).
Les vallées alpines produisent un savoureux fromage de vache, très crémeux : il taleggio, qui commence à être vendu en France.
Une autre spécialité gastronomique de ces montagnes est la polenta ai usei (agli uccelli, aux oiseaux), devenue quasi introuvable, faute d’oiseaux (comme les ortolans de François Mitterrand).
Brexit
Pourquoi le premier ministre Boris Johnson a-t-il oublié de fermer sa frontière au coronavirus ?
Bruno Le Maire
Ministre de l’Économie issu de la droite, touché par une double grâce :
– celle du keynésianisme, qui prône la relance par la consommation, et pour cela, il faut distribuer du pouvoir d’achat,
– celle de la justice sociale : améliorer la situation financière des obscurs, des sans-grade, qui sont devenus, à ses yeux, les héros du quotidien. Ils l’étaient déjà depuis belle lurette, mais cela avait échappé au ministre (et à pas mal de ses collègues).
Cluster
Foyer de contamination de la langue française par le pidgin anglais.
Confinement
Je ne suis pas certain qu’il soit vraiment utile de relire Le Voyage autour de ma chambre, de Xavier de Maistre.
Pour ma part, je ne l’ai jamais lu. Je le garde en réserve pour la fin du troisième mois de confinement, si les librairies et bibliothèques ne sont toujours pas classées parmi les commerces de première nécessité.
Conseil Scientifique
Composé d’éminentes personnalités, dont la plupart ne sont pas virologues ni infectiologues, même pas médecins. Il a été, un temps, la véritable gouvernance du pays, sans justifier d’autre « légitimité » que de servir de parapluie (pour ne pas dire d’alibi) à un gouvernement indécis et déboussolé. Mais à tout prendre, l’hésitation du pouvoir politique est préférable à l’arrogance niaise des Trump, Bolsonaro et Boris Johnson, qui relève de la certitude obstinée des cancres, imbus d’eux-mêmes et dangereux pour autrui.
Covid-19
Alias Coronavirus. L’appellation scientifique, sous son allure neutre et son chiffrage, offre l’apparence rassurante d’un objet maîtrisé, rangé à sa juste place dans la catégorie dont il relève.
La dénomination Coronavirus est plus inquiétante. La couronne (corona) évoque un pouvoir sans frein, et renforce d’autant la menace exprimée par le mot virus.
Dates
15 mars : premier tour des municipales, maintenu avec l’accord du susdit conseil scientifique, et sous la pression des opposants politiques – sénateurs en tête -, avides d’engranger des résultats que les sondages leur prédisaient avantageux.
16 mars et jours suivants : levée de boucliers de toute l’opposition, aux cris de « ce premier tour, il fallait le reporter ». Changement de cap à 180°, du jour au lendemain, et démagogie éhontée.
Bien rares sont les politiciens à assumer leurs erreurs de jugement.
11 mai : le déconfinement ? Perspective très incertaine, diversement appréciée. Certains, dans l’opposition, ne craignent pas d’affirmer que si le gouvernement envisage de renvoyer les enfants à l’école, c’est pour que les parents retournent à l’usine. Car pour relancer l’économie, les
start-up risquent d’être quelque peu maigrelettes.
Déficit budgétaire
Comment ? Voulez-vous répéter la question ?
Distance sociale
Les évangiles nous disent : « Aimez-vous les uns les autres ».
Le gouvernement nous dit : « Ecartez-vous les uns des autres ».
A un mètre près, le virus te cueille ou t’évite.
On comprend très bien le conseil de rester à distance. Mais l’adjectif «sociale» est antinomique. La distance n’est pas « sociale ». Pas plus que les réseaux « sociaux »: hurlant avec les loups, claniques – mais certainement pas sociaux, dans le vrai sens du terme.
Europe
La belle endormie. A-t-elle existé un jour ? Existe-t-elle encore ? Nul ne sait sous quel horizon.
Gestes barrières
– se laver les mains : geste symbolique s’il en est ! Ne pas le prendre dans le sens de Ponce Pilate. Ici, il s’agit du sens concret
– solution hydro-alcoolique : contre la pandémie, la panacée ? Tout aussi efficace : de l’eau et du savon
– éviter de se toucher le visage : on pense à la phrase d’Albert Camus : « mais il y a toujours des mouches et des démangeaisons. C’est pourquoi la vie est si difficile à vivre » (La Peste).
Héros
Les soignants, bien sûr. Mais aussi les obscurs, les sans-grade qui assurent la continuité de notre vie quotidienne. Évitons la mise en scène de notre propre bienveillance, tel Giscard d’Estaing conviant les éboueurs à l’Élysée pour un petit déjeuner médiatisé, sans se préoccuper de leur salaire ni de leurs conditions de travail.
Humilité
Vertu tout récemment découverte par le président de la République. Peu commune parmi l’ « élite » qui nous gouverne. Elle a oublié que nous venons de la terre (humus) et que nous y retournerons.
Masques
Objets mythiques à performances variables dans le temps : d’abord inutiles, ils sont devenus indispensables. Mais à ce jour, ils restent quasi introuvables. De ce fait, Roselyne Bachelot prend place parmi les visionnaires incompris. Voir in fine l’article du Canard sur le Maroc.
Médias et réseaux « sociaux »
Amplificateurs et caisses de résonance de toutes les sottises, des rivalités intellectuelles et financières, des approximations et des mensonges. Que dirait Figaro, qui se plaignait, en son temps, des « sottises imprimées », s’il constatait les dégâts des sottises télévisées et connectées ?
Moi le premier
Décidément, le président veut toujours être en tête du cortège. Même quand il fait demi-tour.
Querelle
Il y a place, dans le monde médical, pour les spécialistes respectueux des protocoles codifiés, et pour leurs collègues plus aventureux, qui ne refusent pas de mettre à l’épreuve leur intuition. Ils devraient tous tomber d’accord sur ce qui est le premier précepte de la médecine :
primum non nocere (d’abord ne pas nuire). Beaucoup de vaccins doivent leur découverte à l’intuition des praticiens.
Rien ne sera plus comme avant
Cette mâle résolution appelle immédiatement, comme correctif, l’affirmation du prince Salina, dans le Guépard, de Tommasi di Lampedusa : « Il faut que tout change pour que rien ne change ». On peut dire aussi, avec La Fontaine : « Chassez le naturel, il revient au galop ».
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L’exemple marocain
Il existe un pays à moins de deux heures
d’avion de Paris où le port du masque est obligatoire.
Et où les masques sont en vente dans les rayons de
tous les supermarchés pour la modique somme de 8
centimes d’euro. Un prix fixé par l’État. Non
seulement ce pays, le Maroc, a pu en équiper
pratiquement tous ses citoyens, mais il s’apprête
aussi à en exporter, à partir du 15 avril, vers d’autres
nations européennes et arabes.
Pour parvenir à cette autosuffisance, le
royaume chérifien a réussi à produire 5 millions de
masques quotidiennement au cours des derniers
jours. Un record battu par deux entreprises de
Casablanca et de Marrakech, qui ont été mobilisées
dès le début de la pandémie par le gouvernement de
Rabat. Et huit autres sociétés sont en train de se
convertir pour améliorer ce résultat. Faut-il préciser
que tous les agents des ministères de la Santé, de la
Défense et de l’Intérieur sont équipés de masques ?
Un exploit qui fait rêver, dans l’Hexagone…
Le gouvernement français a certes créé, au ministère
de l’Économie, une direction spéciale pour tenter de
rattraper le retard dû à la destruction des stocks de
masques en 2013, mais il suffit de comparer les
situations française et marocaine pour en conclure
que, question mobilisation industrielle, il y a des
leçons à prendre de l’autre côté de la Méditerranée.
Le Canard enchaîné, 15 avril 2020
….. Sans commentaires ….
Conclusion …provisoire
Il faut sortir de cette crise. L’heure n’est pas encore au bilan. Nous avons tous remarqué combien, au fil des semaines, sa gestion a été chaotique. Si, comme le dit la sagesse populaire, « gouverner, c’est prévoir », nous n’avons guère été gouvernés. La nation en a payé le prix : celui du sang et des larmes. Celui, peut-être aussi, de la perte du sens de l’humain, au nom d’une soumission
aveugle à la financiarisation du monde. Demain sera un autre jour. S’il reste, dans nos coeurs, une étincelle d’humanité, un soleil porteur de nouveaux espoirs illuminera nos pauvres vies. Il faut y croire, et y travailler.
Pansons nos plaies, et armons-nous de courage pour essayer, une fois de plus, de changer le monde !
Suggestions de lecture
Si le confinement vous pèse, je vous suggère trois romans, qui ne sont pas des nouveautés, mais qui sont autant de chefs-d’œuvre, chacun dans sa catégorie.
a) Jules VERNE, L’Étoile du Sud. On parle peu de cet ouvrage, mais il est à la hauteur des plus célèbres, tant pour le mouvement de l’intrigue que pour son originalité
b) Robert HEINLEIN, Une porte sur l’été. Ouvrage de science-fiction sur un thème qui nous intéresse tous : qui de nous n’a jamais rêvé de pouvoir revenir en arrière pour effacer une erreur qu’il a commise, et réorienter sa vie ? L’auteur est américain.
c) Alexis CURVERS, Tempo di Roma. L’auteur est belge. A mon avis, le roman est un des grands textes du XXème siècle. Il se situe entre Milan et Rome, juste après la victoire de 1945.
Débrouillardise, improvisation, passion amoureuse : l’Italie nouvelle est en train de naître.
Énigme du numéro précédent
L’autoroute est desservie par des bretelles, l’accordéon a pour nom familier le piano à
bretelles. Enfin, le délégué général de l’ANEM (élus de la montagne) s’appelle Pierre BRETEL.

Mon coeur a une âme
Que mon coeur est bien de ne penser qu’à toi,
Que mon âme heureuse se souvienne
La douceur de ta peau, la chaleur de tes bras,
Que ce bonheur unique revienne
Bercer encore et toujours
Mes nuits sans rêve et sans sommeil,
Et que je te voie, oh, mon amour
Toi, sans nul autre pareil
Sourire au bonheur d’un jour nouveau,
Chercher la vie tout en rêvant,
Lever tes bras encore plus haut,
Aimer la vie tout simplement.
Brigitte