Les nouvelles de Mélagues Juillet 2020

I – Le temps atmosphérique
Si ce n’était le manque de repères (l’absence des fêtes de village, une Fête nationale
en demi-teinte, la rareté des visiteurs étrangers), ce mois de juillet,
jusqu’ici, pourrait être considéré comme normal. Il fait chaud sans
excès, les orages destructeurs nous sont épargnés. Nous avons
même, enfin !, un premier ministre qui ne ressemble pas au
portrait robot du technocrate, et qui doit apprécier le pastis au
moins autant que le whisky ! Cela nous change agréablement,
mais ne suffit pas à nous rasséréner. Car l’ambiance reste alourdie
de toute une angoisse inexprimée, d’une attente, comme dit Alexis
CURVERS, « de ce qu’on appelle la sagesse ». Et les instructions gouvernementales qui nous transforment en « concombres masqués » (je suis sûr que vous connaissez tous cette bande dessinée) n’y sont pas pour rien !
II – Le temps poétique
Je vous invite donc à retrouver, en ma compagnie, l’espoir d’un nouveau printemps dans le texte ci-après, du poète espagnol, Antonio MACHADO (1875-1939) :
(extrait de « A un olmo seco »)
¡Olmo, quiero anotar en mi cartera
La gracia de tu rama verdecida
Mi corazon una vez mas espera
Tal vez hacia la luz y hacia la vida
Otro milagro de la primavera!

Orme, je veux noter sur mes tablettes
La grâce de tes branches reverdies
Une nouvelle fois mon coeur attend
Peut-être de revoir la lumière et la vie
Nouveau miracle du printemps !

III – Le temps politique
Le mercredi 15 juillet à 20 h 30, les 37 délégués représentant les 23 communes de la com’com’ Monts, Rance et Rougiers se sont réunis dans la belle salle des Fêtes de St Sernin, afin d’élire les nouveaux responsables de la Communauté.
III-1 – Tout avait pourtant bien commencé
En tant que doyen d’âge, il me revenait de présider la première partie de la réunion : l’élection du président. En l’occurrence, il s’agissait d’une présidente, Monique ALIЀS étant la seule candidate.
Autant dire que le suspense résidait uniquement dans les éléments marginaux éventuels : émergence d’une candidature de dernière minute, score obtenu, réclamations …
J’avais le souvenir très précis de l’élection précédente, qui avait vu se déclarer deux candidats :
Monique ALIЀS et Claude CHIBAUDEL, ce dernier l’ayant emporté avec une marge consistante.
Malgré la tension résultant de cette concurrence, le déroulement de l’élection avait été impeccable. Mon âge déjà avancé, et l’absence du doyen de l’époque m’avaient valu de la présider. Pas plus cette fois-ci que la précédente, je n’étais demandeur. Mais les textes sont les textes : notre République se fonde sur des procédures codifiées, identiques du Parlement à la plus modeste mairie, destinées à préserver la régularité des votes et de la transmission des responsabilités. Il convient de les respecter à la lettre, pour éviter de s’exposer même à de simples vices de forme, qui font les délices des tribunaux administratifs.
Mercredi soir, en arrivant dans la salle, je suis frappé par la distance physique – ou sanitaire (j’ai horreur de l’expression « distance sociale », qui est une totale ineptie), car les tables sont réparties de manière à occuper les trois-quarts de l’espace. Autant dire que les intervalles entre les trente-sept
délégués ont été largement calculés. Le secrétariat me remet la liste des électeurs. Tiens ! Elle est organisée par ordre alphabétique des communes, au lieu de l’être par celui des votants. J’espère que
nous n’allons pas revivre une version actualisée des débats du 5 mai 1789, première réunion des États Généraux, sur la question de décider s’il faut voter par tête ou par ordre, le Tiers-Etat étant majoritaire
en nombre de représentants, alors que la Noblesse associée au Clergé sont à deux contre un ! Pour nous, aucun problème de ce type. Je m’en remets aux dispositions prises par le secrétariat. Claude CHIBAUDEL, président sortant, ouvre la réunion, accueille les participants et demande une minute de silence à la mémoire de Fernande SINGER, maire d’ARNAC sur DOURDOU, décédée
du coronavirus à la suite de sa réélection le 15 mars, avec 87 % des voix !
Il rappelle qu’un hommage solennel lui sera rendu à ARNAC, le 22 août prochain, dans l’aprèsmidi.
Nous y serons.
Et il me passe la parole. A mon tour, je salue l’assemblée, et appelle les deux collègues qui assureront les fonctions d’assesseurs. Ce sont les deux plus jeunes. La parité (qui n’est pas obligatoire, en l’espèce) se trouve respectée.
Nous pouvons commencer le vote. J’annonce donc que celui-ci se déroulera dans l’ordre alphabétique des communes, et j’appelle les deux premiers votants de ma liste.
III-2 – Prise de tête ou prise de pouvoir ?
Ô surprise ! C’est le débat du Jeu de Paume qui se réactive !
Alors que je croyais le processus bien cadré, l’assesseur féminine proteste, d’une voix étouffée (par l’indignation ou le masque?), prétextant que la liste dont elle dispose est établie par ordre alphabétique des électeurs. « Ah bon ? »
comme les Guignols de l’Info faisaient dire à Roselyne Bachelot. Et elle enchaîne (non, pas Roselyne, mais l’assesseur féminine), sans avoir demandé la parole, en appelant deux votants différents de ceux que j’avais désignés !
A mon âge, on éprouve la plus grande indulgence pour l’impétuosité de la jeunesse… même si on déplore parfois que cette génération ait tendance à cliquer plus vite qu’elle ne réfléchit. A l’instant, ce
que je devais faire m’apparaît nettement : décider une interruption de séance, pour tirer au clair ce problème de listes différemment constituées avec le secrétariat. Et donc, donner la suite appropriée à cet incident de séance, que d’aucuns pourraient qualifier d’usurpation de fonctions.
Par contre, je ne vois toujours pas clairement pourquoi je me suis abstenu de le faire. Sans doute parce que je n’ai pas pour nom Christophe Saint-Pierre, essayant d’en appeler de sa défaite sous prétexte de procurations non parvenues. Même si l’entorse à la procédure légale est patente, il vaut
mieux laisser chacun-chacune apprendre de ses erreurs. Et j’assiste à la suite en spectateur, non sans aller voter quand je suis appelé.
III-3 – On est toujours puni par où on a péché
Puisque la fonction présidentielle a été, de fait, neutralisée, les deux
assesseurs doivent se démultiplier : saisir et déposer le micro manuel, appeler les électeurs, leur remettre le bulletin de vote (heureusement, il n’y a pas
d’enveloppe), introduire celui-ci dans l’urne, faire signer la feuille d’émargement, rappeler ceux qui l’oublient (j’en fais partie) … Seules les divinités hindoues auraient eu suffisamment de bras.
Il s’ensuit, autour des isoloirs et de la table de vote, un chassé-croisé permanent d’allées et venues, chaque électeur improvisant son propre itinéraire à l’aller vers l’isoloir et au retour vers la feuille d’émargement, au grand dam de la distance sanitaire. L’improvisation n’est harmonieuse que
lorsqu’elle est inspirée : manifestement, ce n’était pas le cas !
Dernière séquence exécutée ao vivo : (en direct), comme disent les Portugais : le décompte des voix se fait à la sauvette, et il n’y a pas de proclamation du résultat, ce qui brise symboliquement la chaîne de transmission de la responsabilité présidentielle.
En dépit de ces anomalies, Monique ALIЀS est élue, et bien élue : 27 voix sur 37 votants, soit
72,97 %. Bravo ! On peut lui faire confiance : elle aura tôt fait de faire oublier les incohérences de l’élection.
Res ad nauseam repetitae
Restaient à élire les 9 présidents des commissions, ce qui a donné lieu à 333 (!) déplacements vers l’isoloir (9 fois 37). S’il fallait innover dans la procédure (en attendant le vote électronique!), c’était
le moment. Chacun aurait pu voter sans quitter sa place, en toute discrétion, vu l’espace disponible ; il aurait suffi de faire circuler l’urne et les feuilles d’émargement de table en table.
Deux observations, pour terminer ce compte rendu. D’abord, une seule femme est présidente de commission. Ensuite, à chaque vote ont été dénombrés de six à dix bulletins blancs : aucune hypothèse d’explication ne s’impose. Chacun en tirera ses propres conclusions.
Com-com, mode d’emploi
Le texte ci-après (titre inclus) est extrait de l’hebdomadaire Marianne, n° 1199 du 6 au 12 mars 2020. La formule « fédérative » est-elle plus efficace que la formule « associative » ? Et que penser de la fusion (dont cet article ne parle pas) ? Tout cela mérite réflexion.
Extrait du magazine « Marianne » N° 1199 du 6 au 12 mars 2020
Sculpteur, peintre et poète C’est le triple talent de Jacques BOURGES, le sculpteur de LACROUZETTE (près de Castres)
qui a réalisé la statue de granit « La mère et l’enfant », érigée à Mélagues en Juillet 2019, et qui, en raison du virus, ne sera pas inaugurée cette année. C’est aussi un poète qui manie le sonnet, forme poétique, très codifiée, donc difficile, avec beaucoup d’inspiration. Il est aussi poète en langue occitane et peintre, de préférence à l’huile sur toile. Voici un sonnet et une sculpture qu’il a créés en les associant.
DANS UNE MARÉE BLANCHE
Dans une marée blanche à Paros à Carrare
En quelque autre contrée riche d’un marbre pur
Tombée de son haut vol s’enlise la sculpture
En fin d’Antiquité engluée comme Icare
Dieux du ciel des Enfers pénates et dieux lares
Vénus au torse tors forces de la nature
Aux muscles éclipsés par des ferveurs obscures
S’enfoncent dans le temps des ténèbres de l’Art
L’anatomie raidie par la taille de pierre
Et voilée de pudeur revient à la lumière
En hauts-reliefs sortis de colonnes gothiques
Au quattrocento tel un esclave rebelle
La forme se libère en torsion cylindrique
Qui fait depuis les Grecs la ronde-bosse belle.
Jacques BOURGES – janvier 2010