La basse-cour de mon cousin

Tsipras et Varoufakis, août 2015

Autorisons-nous un peu d’ironie, inspirée (de loin !) par l’actualité. Dans sa basse-cour, mon cousin possède une vingtaine de poules, gouvernée par deux coqs issus de la même couvée, et qui, par conséquent, devraient être de force égale. Mais ce n’est pas le cas. Leur seule différence physique, c’est que l’un (appelons-le Tsipras) possède un superbe panache caudal, alors que l’autre (disons Varoufakis) a perdu la plupart des plumes de sa queue, et elles ne repoussent pas. Ils poursuivent, l’un et l’autre, de leurs assiduités, une poule grise bien en chair (appelons-la madame Merkel). Mais celle-ci ne se soumet qu’au plus fort.

Voici comment se déroule, invariablement, la scène. Varoufakis, qui a peur de Tsipras, profite que ce dernier est à l’autre bout de l’enclos pour se mettre à la poursuite de madame Merkel. Mais celle-ci lui fait faire deux ou trois fois le tour de l’enclos, avant que Varoufakis la rejoigne, et lui grimpe sur le dos. Les choses n’en restent pas là : car Tsipras, même de loin, a l’oeil ! Dès que Varoufakis est sur le dos de la poule grise, Tsipras lui saute dessus. Varoufakis prend la fuite, tout ébouriffé, tandis que Tsipras occupe sa place sur le dos de Mme Merkel, et lui fait son affaire ! La chose en est venue à un tel point qu’elle se reproduit, désormais, avec n’importe quelle poule. Pas étonnant que le cocorico de Varoufakis (car il veut sauver la face !) soit si rauque, si étranglé ! Mais, comme écrivait La Fontaine, “Je me sers d’animaux pour instruire les hommes”.

Car cette même scène, on peut la voir, le samedi soir, en discothèque, jouée par des acteurs humains. Faut-il en déduire que leur intelligence, une fois alcoolisée, équivaut à celle des gallinacés ?

varoufakis

  Varoufakis

 

Tsipras et Varoufakis, janvier 2016

Il y a quelques mois, je m’étais évertué à vous décrire la rivalité des deux coqs de mon cousin, Tsipras et Varoufakis. Plus richement emplumé, Tsipras régnait sans partage sur la basse-cour ; quant au pauvre Varoufakis, du plus loin qu’il apercevait le jabot flamboyant de Sa Majesté du moment, il s’enfuyait à toutes pattes, au grand dam de sa conquête qu’il laissait en plan, abandonnée “invitus invitam” (2) à l’étreinte furieuse de son concurrent endiablé.

Eh bien, c’est un véritable coup d’État qui s’est produit dans la “gouvernance” de la basse-cour. J’ignore pourquoi et comment. Aucune Cour ne m’a appelé à témoigner. Toujours est-il qu’à présent, c’est Varoufakis le nouveau maître : car du plus loin qu’il l’aperçoit, Tsipras s’enfuit à son approche. Varoufakis, impitoyable, le poursuit de sa rancune jusqu’à l’isoler de toutes les poules, qu’apparemment il se réserve sans partage, histoire de se rattraper de ses pitoyables débuts.

“Je me sers d’animaux pour instruire les hommes”, disait ce bon La Fontaine. Jetons un œil sur les combats politiciens qui se profilent, et osons la comparaison.

Tsipras, avec son arrogance, sa suffisance, évoque irrésistiblement Sarkozy, sa jactance, son côté “bling bling”. Varoufakis, devenu solide comme un roc (ou comme un coq), avec son jabot terne, dépeigné, voire même un peu écrêté, n’est pas sans évoquer Juppé. Et dame Merkel, pour sa part, de son regard de côté, semble dire : “Après tout, que le meilleur gagne ! Pour ce que ça nous changera…” Honni soit qui mal y pense !

 

Nouvelles de la (basse)-Cour, février 2016

Récemment, je vous ai conté la “révolution de palais” qui a eu pour conséquence la victoire de VAROUFAKIS sur TSIPRAS, et les courses éperdues de celui-ci, ayant abdiqué toute superbe, pour éviter les coups de bec du rival, vainqueur et revanchard. Comment l’intelligence vient aux gallinacés, je l’ignore, mais elle finit par venir. Lassés, sans doute, de ces vaines poursuites le long des grillages de l’enclos, qui avaient pour seul résultat d’affermir leur musculature, au point que nul gourmet n’aurait apprécié la chair trop ferme de leurs cuisses, même longuement macérée dans un vieux bourgogne – coq de combat ou coq au vin, telle est la question -, ils ont sagement résolu de se partager l’espace, et les faveurs de leurs houris. A condition, toutefois, de rester à distance l’un de l’autre : l’armistice n’est pas la paix ! Si, d’aventure, VAROUFAKIS s’approche, TSIPRAS s’éloigne prudemment, et s’en va chanter plus loin … un chant qui signifie, sans doute : “c’est toujours moi le meilleur !” En vain : même madame MERKEL n’y prête la moindre attention. Au fond, on dirait des consuls de Rome, lesquels, en théorie, exerçaient un pouvoir égal, mais dont l’un, en fait, éclipsait toujours l’autre. Alors, ils gouvernaient un jour chacun. L’exemple le plus fameux est celui de CESAR – oui, le grand JULES, qui fut aussi consul – et d’un certain BIBULUS, dont la seule notoriété est d’avoir partagé le pouvoir avec CESAR. Ce dernier, par opportunité politique, représentait les POPULARES (1), l’équivalent du parti de MELENCHON ; et BIBULUS avait été envoyé au casse-pipe par les OPTIMATES (1) – les Sarkozystes de l’époque, villas du Cap Nègre et bling-bling inclus -, peu soucieux d’exposer leur “ténors” à la vengeance de CESAR, dont les armées entouraient ROME. Aussi, quand c’était son jour de gouverner, pour entraver les propositions de CESAR tout en limitant les dégâts, BIBULUS se contentait de dire : “Alio die” (2) ? (Ne nous moquons pas : nos politiciens d’aujourd’hui formeraient une commission). Quant à TSIPRAS, il se retire dignement sur son AVENTIN, (3) en claironnant, de loin, bien planté sur ses ergots, qu’il reste le plus fort. Décidément, “nihil novi sub sole !” (4)

(1) POPULARES : “les populaires”, s’appuyant sur le peuple (y compris la populace) pour asseoir leur ambition OPTIMATES : “les excellents”, issus des vieilles et riches familles de ROME, soucieux de préserver leur suprématie Pas de BAYROU à Rome : la classe moyenne (les centristes) y est quasi inexistante

(2) alio die : un autre jour il fallait prendre les auspices avant toute décision, et il était facile de soudoyer un prêtre pour qu’il trouve des anomalies dans les entrailles des oiseaux du sacrifice. La superstition des Romains bloquait alors toute action, et les politiciens en jouaient constamment

(3) L’AVENTIN : colline de ROME où se retirait la plèbe mécontente (4) nihil novi sub sole : rien de nouveau sous le soleil

 

La liberté, mars 2016

“J’ai choisi la liberté” Ce récit de Svetlana Alliluïeva (la fille de Staline, émigrée aux U.S.A.), je suis à peu près sûr que les poules de mon cousin ne l’ont pas lu. Mais il en est une, une noire aventureuse, qui n’a rien de plus pressé, au sortir du poulailler, que de sauter pardessus la clôture, et d’aller picorer en liberté. “Plus loin, l’herbe est plus verte”. Et il est vrai qu’elle se régale : à l’abri des séductions concurrentes de Tsipras et Varoufakis, elle n’a d’autre souci que de se remplir le jabot : herbes sauvages, petits escargots jaunes, parfois un insecte malhabile ou handicapé (tel un mille-pattes qui aurait une jambe de bois). D’ordinaire, elle est seule à voler par-dessus le grillage. L’autre jour, plus persuasive que la chèvre de monsieur Seguin, elle avait entraîné une copine. Mais sans lendemain. Ici, il n’y a pas de loup. Pas encore ! Mais gare : le goupil, efflanqué par l’hiver, observe.

Quand ses petits sortiront de leur abri, réclamant leur pitance, l’aventure de la poule solitaire pourrait connaître une triste fin. Il est vrai que la liberté n’a pas de prix !

tsipras

 

Sic transit…

“Encore les Gallinacés !” Les Communes qui ont décidé de les utiliser pour éliminer leurs déchets consommables pourraient aussi, dans leur observation, trouver matière à réflexion !

C’est mon cas. Souvent, j’observe Tsipras, l’ancien sultan de la basse-cour de mon cousin, totalement dépouillé de son pouvoir (peut-être, du temps de sa splendeur, en avait-il abusé !). Toujours est-il qu’aujourd’hui, il se tient à l’écart, complètement solitaire, alors que Varoufakis caquette bruyamment, faisant l’important, comme si c’était grâce à lui que les poules pouvaient se régaler des croûtons de pain que je leur jette.

Celles-ci, d’ailleurs, ne sont pas des plus partageuses. A croire que le seul socialisme qu’elles pratiquent, c’est celui qu’on appelle, dans le sud-ouest, le “socialisme carmausin” (tout pour moi, rien pour le voisin) ! Car leurs becs acérés sont des harpons efficaces pour arracher la nourriture à l’imprévoyance de leurs voisines.

Tsipras, cependant, n’a pas abdiqué toute prétention conquérante. Je le voyais, l’autre jour, s’approcher en catimini d’une poulette un peu à l’écart pour mieux protéger son morceau de pain. Arrivé près de la poule, sans préliminaires, il se jette sur son dos et lui fait son affaire, sans que celle-ci fasse mine de s’en apercevoir. Lui qui avait régenté son harem tel le roi d’Arabie, le voir dérober un peu d’amour à une coquette indifférente et gourmande, quelle déchéance ! On comprend mieux Alceste (1), et son dépit amoureux !

(1) Alceste : héros du Misanthrope, de Molière.

 

Approches diplomatiques… mai 2016

Tsipras, l’ex-sultan de la basse-cour, ayant, semble-t-il, terminé son carême, donne l’impression de reprendre, si j’ose dire, “du poil de la bête” (d’où l’expression “avoir du poil aux pattes” ?). Toujours est-il, quoiqu’il reste marginalisé, qu’on le voit fréquemment se rapprocher d’une superbe poule blanche, bien en chair, telle la Pompadour au faîte de son charme. Cette fréquentation semble l’emplir de courage, car, même s’il reste, pour l’instant, dans les contre-allées de la basse-cour, il ne fuit plus systématiquement l’approche de Varoufakis. En stratège expérimenté, utiliserait-il l’élément féminin comme bouclier ?

…ou préparation d’un putsch ?

Ou alors, les frémissements discrets, les obscurs froissements d’ailes ne laisseraient-ils pas présager autre chose ? Et si Tsipras, profitant de l’excès de confiance de Varoufakis, amolli par l’abus des “délices de Marcou”(1), préparait un coup d’État pour reprendre le contrôle de la basse-cour ? C’est madame Merkel qui en ferait une tête : elle, dont la diplomatie est tant vantée, en aurait bien manqué en négligeant d’observer les indices du changement… Mais attendons de voir : demain est un autre jour !

(1) par imitation, à une autre échelle, des “délices de Capoue”, responsables de l’amollissement des farouches guerriers d’Hannibal.

 

La basse-cour : vers un partage du pouvoir ? juin 2016

En tous lieux et en tous domaines, l’heure est à la controverse, et aux décisions contestées, même si elles sont parfaitement légitimes, et largement majoritaires. Ce reflux de la tolérance démocratique est une marque du déclin de nos valeurs, qui fragilise notre société. Faudra-t-il aller chercher un modèle social parmi les gallinacés ? Ceux-ci deviendraient-ils plus “sages” que les hommes ?

Toujours est-il que la guerre semble s’apaiser entre Varoufakis et Tsipras. Ce dernier ose maintenant s’aventurer au milieu de la basse-cour. Un certain nombre de poules n’hésitent plus à l’approcher. Il en a même retrouvé sa voix : après plusieurs semaines de solitude et de silence, il coquerique de plus belle, mêlant le temps des coquelicots, qu’évoque sa collerette mordorée, à celui des cocoricos.

L’autre jour, j’ai assisté à un scène inédite. Je venais, comme d’habitude, d’alimenter les poules du haut de mon balcon. Tsipras était présent à la distribution. Varoufakis, comme une flèche, accourt de l’extrémité de l’enclos. Arrivé à la hauteur de Tsipras, sans arrêter sa course, il lui jette un coup d’oeil oblique, et décide que le plus urgent, c’est de s’approcher de la pitance. Et le voilà qui, comme d’habitude, appelle ses poules pour leur partager l’aubaine. Je l’observe et l’écoute du haut de mon balcon. Je l’entends qui semble leur dire :“Vous voyez ! Tout ce qui vous tombe du ciel, c’est grâce à moi que vous l’avez !” Et il ponctue sa proclamation en jetant au balcon un coup d’oeil oblique, comme s’il regardait le ciel. Décidément, on n’a que les ciels qu’on mérite !

Varoufakis est un grand communicateur. Tsipras, lui – est-ce dû à son jabot mordoré ? – la joue davantage en majesté. Il lui arrive même de se percher sur une patte, et de rester là, immobile, comme s’il prenait la pose pour un photographe d’art ou un sculpteur. Les gallinacés, eux aussi, rêveraient-ils d’éternité ?

La page sportive, juillet 2016

Je ne sais pas s’il existe une étude sur la musculature des gélines. En tout cas, lorsque j’observe la basse-cour qui m’est familière, je me dis que les muscles ne sont pas sans rapport avec la couleur du plumage. Quand je leur jette à manger du haut de mon balcon, les premières accourues sont les noires : lisses, effilées, elles enfournent, à grandes becquées rapides, tout ce qui leur tombe d’en haut. De bonnes pondeuses, sans doute, mais pas les meilleures à mettre au pot. Ensuite arrivent les rouges, qui ont toutes perdu leurs plumes sur le dos : les houris préférées des coqs, à cause de leur plumage de feu ? Enfin voici les blanches, majestueuses, empesées, picorant lentement, avec la gourmandise sélective des gourmets, dodues, bien en chair : sans doute les plus appropriées pour devenir les “poules farcies” de la gastronomie aveyronnaise, ou bien pour baigner, à petit feu, promettant de royales succulences, dans une cassole frémissante d’un bourgogne de dix ans d’âge !

Comme toujours, omniprésent mais inutile, Varoufakis fait son ramdam. Il mange peu, en fin de compte : vivrait-il d’amour et de l’air du temps ?

De l’intelligence des gallinacés, octobre 2016
Vous vous en souvenez peut-être : la question m’était déjà venue en observant les rapports de pouvoir
entre les deux coqs de mon cousin, Tsipras et Varoufakis, l’hégémonie initiale du premier, le coup d’État
réalisé par le second, et enfin, cette coexistence pacifique qui avait fini par s’instaurer entre eux, Tsipras
ayant, de gré ou de force, accepté la primauté de Varoufakis, en échange de quoi ce dernier tolérait qu’il
courtisât ces dames pondeuses, pourvu qu’une “distance de courtoisie”fût respectée.
Mais cela, c’est une affaire entre coqs. Qu’en est-il, quand une intervention humaine vient modifier la
donne ? Il nous faudrait un Konrad LORENZ pour expliquer la chose. Pour moi, bien modestement, voici ce
que j’ai pu observer. Chaque fois que je me montre au balcon, la gent gallinacée a eu tôt fait de comprendre
que ce n’était pas pour lui faire un discours ! D’autant que je n’apparais jamais les mains vides : morceaux de
pain rassis, fruits blets, gras de côtelettes ou salades défraîchies, grains de raisin en rupture de grappe, tels
sont les modestes présents que je lui offre. A chaque fois, c’est la ruée : nulle volaille ne veut être la
dernière. Et toutes sont bien plus rapides que le coq dominant.
Celui-ci, cependant, veut faire l’indispensable. Bon dernier à la curée, il accourt malgré tout, clopin-clopant,
caquetant tout son soûl, et s’il parvient à saisir quelque relief du festin, à grands coups de bec, il l’émiette, et
le partage, en vrai chef de famille polygame, aux poulettes les plus hardies, qui ne perdent rien de l’aubaine.
Plus philosophe, Tsipras se tient prudemment aux marges, avec, me semble-t-il, un petit air narquois
signifiant à son rival : “Ah ! Tu as voulu être le chef ! Eh bien, il te faut assumer, à présent ! Si, un jour, le
poulailler crie famine, c’est à toi qu’il s’adressera!” En l’absence d’aucune pénurie, cette vengeance pro
forma reste toute platonique ; Tsipras, à sa façon, aurait-il découvert la sagesse ?

Gallinacés en bisbille, avril 2017

Dernières nouvelles de culte de pouvoir de Tsipras et Varoufakis, les coqs de mon cousin. Il y a quelques jours, je m’aperçois qu’ils ont, l’un et l’autres le jabot ensanglanté. je me dit qu’ils ont dû se battre, le cheptel femelle s’était singulièrement amenuise. De fait, en les observant dans la cour, je m’aperçois que leurs prises de bec sont allez fréquentées, et que, la plupart du temps, c’est Varoufakis qui se retire, tout faraud, a l’approche de Tsipras. Ce dernier a donc repris le contrôle de la basse-cour, ce qui lui permet de donner toute sa mesure de protecteur et nourricier de poules, il les appelle en longues séries de caquètements, et leur émiette la nourriture, avant d’en prendre sa part pour lui-même. Varoufakis, attendent, ne veut pas abdiquer/ chaque fois que Tsipras émet un triomphant cocorico, il lui répond du tac au tac. Bah! Ils finiront bien par réinventer la stereo.

Rencontres du 3e type, version gallinacés, juin 2017

Tsipras et Varoufakis, les deux coqs de mon cousin, ont disparu de la basse-cour. Lassé de leurs disputes incessantes, mon cousin s’est décidé à leur ménager la rencontre avec la bouteille de Bourgogne qui marquera la fin de leurs batailles.

Il a aussi, “et en même temps”, comme

dirait le président MACRON, renouvelé partiellement l’effectif femelle de son poulailler. Privées de tout mâle dominant, les poulettes ont compris qu’elles n’avaient plus qu’un seul but dans la vie: pondre, pondre, encore et toujours. Aucun espoir de convoler en noces de harem, telles les concubines des empereurs mandchous; aucun non plus d’accéder à ces maternités multiples qui leur gonfleraient d’orgueil le jabot et les ailes!

Parmi les survivantes de la compagnie

initiale, figure toujours la rouge madame Merkel: elle avance en traînant les ailes, qu’elle tient collées à sa carcasse, se dandinant pesamment, d’un ver de terre à un relief de graine. Mais elle est toujours là, alors que d’autres, qu’on aurait cru plus robustes, ont disparu depuis longtemps!

Parmi les nouvelles pensionnaires figure une

poule noire, qui m’a semblé pétrie d’ambition. Je l’ai observée, l’autre jour, sous les branches basses d’un cerisier portant quelques maigres fruits. Elle visait l’objectif, puis sautait en l’air, le bec tendu, pour essayer de happer la cerise. Elle a longtemps renouvelé ses tentatives. En vain! L’actualité politique anglaise m’a suggéré, pour elle, de l’appeler Theresa May. Comme sa “marraine”, en effet, elle n’a pas conscience de ses limites: et ses coups de bec en l’air sont autant de coups d’épée dans l’eau! Mais quelle sagesse, dans ce vers de la Fontaine:

Je me sers d’animaux pour instruire les hommes.

Le matrimoine, août 2017
“La poule ne doit point chanter devant le coq”, fait dire Molière à l’une de ses soubrettes. Mais quand il n’y pas de
coq ? Dans la basse-cour, c’est le désordre ! Livrées à elles-mêmes, ces dames n’ont plus aucune initiative, ni aucun
sens du partage. Quand une manne inattendue leur tombe “du ciel” (c’est à dire de mon balcon), c’est du “chacune
pour soi”. Plus personne pour lancer l’appel général au ravitaillement, émietter les bons morceaux, prendre sous son
aile la poulette handicapée. Et les coups de bec de pleuvoir sur les plus faibles. Imaginez-vous que le soir, dans l’ “allée
des rois”, devenue l’ “allée des reines”, chacune se pavane pour son compte : et le soleil a beau se coucher, ces dames
arpentent encore l’ “Unter den Linden” de la ferme ! Fi donc ! On n’est plus gouvernées…

A la basse-cour, janvier 2018

Certains lecteurs, fidèles de notre feuilleton volailler , me demandent des nouvelles des gallinacés de mon cousin.

En fait, depuis leur rencontre avec une bouteille de bourgogne, les coqs ont disparu de la scène. Il ne reste plus que six gallinacées, dont certaines battent de l’aile, et qui sont destinées à mourir de vieillesse. En reconnaissance de leur ponte assidue, ou parce que leur grand âge les a rendues trop dures pour constituer un repas acceptable ?

En tout cas , c’est pitié de les voir errer sans maître, et semble-t-il, sans but. Madame Merkel, la seule poule rouge, et Theresa May, sa comparse politicienne à la plume noire, semblent de temps à autre converser à mi-voix, recroquevillées dans un coin, évoquant les souvenirs de leur prestige enfui… Pour les autres, c’est du chacune pour soi. Plus de caquètements, plus d’appels sonores au ralliement alimentaire, même plus de concurrence pour becqueter les meilleurs morceaux…

La seule image qui me vient, par comparaison, c’est celle d’un congrès de ce qui reste des Républicains, ou, ad libitum, du Parti Socialiste… Ah ! On ne peut pas être et avoir été…

Jean MILESI